




Se soigner, soigner son prochain et tenter de le soulager en utilisant des produits
de la nature : plantes, animaux, minéraux, a toujours été le rêve de l’humanité.
Pendant des siècles, la pharmacie a suivi une marche très empirique. Magie, sorcellerie, alchimie, charlatanisme, systèmes philosophiques, tel a été le cortège chaotique qui l’a amenée peu a peu et à la faveur de l’évolution des esprits et du génie humain, a entrer enfin dans l’âge scientifique.
Les peuples les plus observateurs, les Orientaux, seront les premiers à maîtriser l’art des soins. Leurs plus anciens documents remontent à plusieurs milliers d’années avant notre ère.
La plus ancienne mention d’un usage thérapeutique et médicamenteux du vin remonterait à quatre mille ans avant J-C, date à laquelle une inscription ventant les vertus du vin a été découverte dans une tombe Egyptienne.
On peut penser que la plus vieille pharmacopée
est représentée par une tablette découverte à
Nippur ( il y a une soixantaine d’années ).
Cette tablette Sumérienne aurait été gravée vers
la fin du 3ème millénaire avant notre ère.
Elle montre que la plupart des médicaments étaient tirés du règne végétal mais que certains comportés des substances animales et minérales.
En Egypte comme chez les Hébreux la médecine était exercée par les ministres des religions : prêtres, prophètes, pasteurs, lévites etc…..détenteurs des secrets de recette qu’ils cachaient dans les temples.
La Mythologie et les légendes font de la santé l’apanage des dieux et des déesses.
C’est avec Hippocrate, le père de la médecine moderne, que le vin connaît une véritable consécration dans le domaine de la thérapeutique. Il disait déjà :« Le vin est une chose merveilleusement appropriée à l’homme si, en santé comme en maladie, on l’administre avec à propos et juste mesure »
Asklépios, fils d’ Apollon, dieu de la chirurgie et de la médecine avait une fille Hygia, déesse de la santé ( ce qui donna hygiène en français). Cette très belle fille est représentée assise sur un trône et couronnée d’herbes médicinales ; dans sa main gauche elle tient une coupe autour de laquelle s’enroule un serpent. Cette légende fournit l’explication du caducée du pharmacien.La consommation de vin est le signe d’un « art de vivre », mais,
si elle est pondérée et régulière, elle est aussi une « hygiène de vie ».
Un peu plus tard, Théophraste (372-287 av. J.C ) invente les vins médicinaux
en y mélangeant des herbes et des épices.
Platon quant à lui, en recommande l’usage modéré pour réchauffer à la fois l’âme et le corps. Dans l’un de ses ouvrages, il assure que le vin qui « apporte à la fois santé, divertissement aux hommes d’âge, leur à été donné par un Dieu comme remède à l’austérité de la vieillesse ».
Dans la Rome Antique, Bacchus remplace Dionysos, mais le produit de la vigne n’en perd pas pour autant ses qualités thérapeutiques.
Pline l’Ancien, victime de sa curiosité scientifique lors de l’éruption du Vésuve en l’an 79, rappelle dans son traité d’histoire naturelle les applications médicinales non seulement du vin mais aussi du sarment, de la feuille de vigne et des pépins de raisin. Rejoignant les enseignements d’Hippocrate, il confirme : « le vin à lui seul est un remède ; il nourrit le sang de l’homme, réjouit l’estomac et amortit chagrin et souci » .Le Moyen-âge enfermera la connaissance et la spiritualité dans les monastères. C’est autour d’eux que continuera de croître la culture de la vigne et l’étude des bienfaits de son jus. L’un de ses fondateurs, Saint Benoît, conscient des vertus du « breuvage sacré », recommandait à ses frères en religion d’en consommer, au cours des repas monastiques, la valeur d’une « hémine » équivalent à ¼ de litre, afin qu’ils restent toujours au mieux de leur forme.
Au Moyen-âge si le cep est l’expression de la résurrection et de la vie éternelle, le vin est assimilé au sang du Christ. En effet, le vin, pour ses bienfaits, est cité plus de quatre cent cinquante fois dans la Bible.
De plus, le premier miracle de Jésus, relaté par Saint Jean n’est-il pas la transformation de l’eau en vin au cours « des noces de Cana ».
Au IX e siècle, la conviction des vertus thérapeutiques refait surface, à tel point que sur la porte d’entrée de l’hôpital de Salerne en Italie, il est gravé : « Bois un peu de vin. ».
Les livres de cette prestigieuse faculté de médecine en détaillent même le principe. On peut y lire notamment : « Le bon vin donne aux vieux un regain de jeunesse. Le vin pur a de multiples bienfaits, il tonifie le cerveau met l’estomac en liesse, chasse les humeurs mauvaises. Il rend l’esprit vif, les yeux brillants, l’oreille fine, dispense l’embonpoint et donne dans la vie une santé robuste. » et aux maîtres de cette faculté d’ajouter en complément ce conseil judicieux qui n’a en rien perdu de sa valeur : « buvez-en peu, mais qu’il soit bon » .
En 1220, à la faculté de médecine de Montpellier, on y a retrouvé des écrits médicaux anciens qui montrent que la moitié des « recettes » médicinales contenaient du vin.
Un respectable docteur en médecine de cette même faculté qui n’est autre que François Rabelais, proclamait haut et fort les vertus du vin en disant : « le jus de la vigne clarifie l’esprit et l’entendement, chasse tristesse, donne joie…… ».
L’ouverture au monde qui caractérise l’époque de la Renaissance et ses larges références à l’Antiquité confirment la croyance dans les vertus médicinales du vin.
Quant à Montaigne, notable Bordelais, homme de lettres, moraliste et vigneron, soignait ses calculs urinaires au vin.
Ambroise Paré quant à lui, chirurgien des rois de France de cette époque, appliquait des cataplasmes de vin rouge sur les blessures de ses patients.
Cette thérapeutique se comprend mieux depuis qu’ont été révélées les propriétés antibiotiques des crus du Médoc.
Dans les pages de la « Pharmacopée universelle » parue en 1677 on trouve consignée la recette du Baume du Samaritain. Cette préparation était à base d’un mélange à parties égales d’huile et de vin rouge et servait au nettoyage des plaies et à facilité leur cicatrisation. Appliquée en usage interne, elle aidait à fortifier les nerfs.A partir du XVIIIe siècle, la pharmacopée précise les qualités spécifiques de chaque terroir (164 vins médicinaux ). Le vin est reconnu comme antibiotique et les médecins anglais se fournissent dans le Bordelais. Les découvertes de Louis Pasteur ouvrent les portes à l’œnologie et à la « médecine du vin », en déclarant ce dernier « La plus saine des boissons ».
Le médecin Helvétius qui prodiguait ses soins au Régent, avait, sur un nombre total de 60 ordonnances destinées à son malade, consigné plus de vingt fois l’usage du vin. Il déclarait par ailleurs qu’il « ne faut pas s’opposer à l’usage modéré du vin » car il est utile et même nécessaire pour faciliter la digestion et fortifier l’estomac du convalescent.Au XIXe siècle, les années passant, le recours au vin en qualité d’adjuvant médicamenteux, se précise et s’étend.
En 1822, le neurologue français Magendie conseillait plus particulièrement le vin de Bordeaux aux malades atteints du choléra. C’est ainsi que Todd crée « L’éthylothérapie ». Le vin est officiellement utilisé pour lutter contre cette terrible maladie.
Un peu plus tard, en 1886, lors d’une nouvelle épidémie, Rambuteau faisait ajouter du vin à l’eau de boisson courante.
D’autres praticiens comme Chomel, Sabrazès, Mercadier avaient constaté le pouvoir bactéricide du vin du Médoc sur certaines maladies. Cette période est aussi la grande époque des vins médicinaux : le vin de gentiane améliorant la digestion, le vin de quinine pour faire baisser la fièvre…
Le Professeur Villard, célèbre chirurgien Lyonnais de l’époque, prête même un concours actif à une « réclame » en signant un slogan qui prétend que :
« le bistouri commence la guérison, le vin l’achève » .