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La peinture et le vin
                                              

   
 

Depuis des millénaires, la vigne et le vin jouent un rôle prépondérant dans les civilisations. Ils ont accompli tous les événements de l’histoire.

Ils sont présents dans la mythologie et participent aux diverses liturgies où s’expriment leurs caractères sacré et symbolique. A toutes les époques la vigne et le vin ont inspiré les représentations les plus variées.

Les artistes ont associé le vin au sacré comme au profane aux manifestations collectives comme aux expériences intimes, exprimant aussi bien, ses qualités et ses bienfaits que son influence néfaste.

 
 
 

Cet exposé ne prétend pas restituer une démonstration complète de la vigne et du vin dans la peinture, pas plus qu’il n’imagine présenter une collection exhaustive de leurs évocations picturales.

De l’Egypte ancienne aux impressionnistes, des tableaux d’inspiration biblique au cubisme ou à l’expressionnisme, nous découvrirons quelques exemples dont la vigne et le vin sont les protagonistes et illustrent à travers des œuvres majeures ce fait culturel.

L’art et le vin, un couple indissociable

De longue date, le mariage de l’art et de la vigne a été source d’inspiration.

Dans l’antiquité, vases, amphores et mosaïques ont été les supports privilégiés de cette alliance. La civilisation Grecque avec Dionysos, les Romains avec Bacchus, la vigne et le vin ont été omniprésents dans la peinture, de Véronèse en passant par Renoir et Manet…


Praxitèle

Les usages sociaux, religieux, culturels, voire politiques du vin sont très anciens.

Ils ont laissé des traces écrites, sculptées, chantées et bien évidemment peintes, dans les œuvres et les mémoires humaines.

Les usages religieux du vin sont aussi anciens que les religions elles-mêmes.

L’épopée babylonienne du géant Gilgamesh qui apporte le vin et la vigne à l’humanité précède et annonce la légende biblique de Noé, de Dionysos-Bacchus, hellénisé puis romanisé elle préfigure le judaïsme et le christianisme. L’usage du vin fut d’abord religieux car la viticulture médiévale est ecclésiastique.

Une scène biblique dans une fête vénitienne, le premier miracle où l’eau est transformée en vin


«Les Noces de Cana » de Véronèse

Au moyen âge, l’église avait diabolisé Bacchus ce n’est que sous l’influence italienne que sculpteurs et peintres magnifient Bacchus et son cortège, dans des œuvres dont les commandes sont très souvent passées par des hauts dignitaires de l’église et des rois.

En 1481, Sixte IV confie à Botticelli les fresques de la grande chapelle, la famille des Borgia, fait orner ses appartements de scènes païennes. Jules II, le pape guerrier, grand buveur……( ne dit-on pas de lui, dès midi….) « Que sa béatitude est dans les vignes du Seigneur… » c’est à sa demande que Léonard de Vinci peint un extraordinaire Bacchus androgyne au visage de femme sur un corps d’athlète…

Alphonse II duc de Ferrare commande en 1514 à Giovanni Bellini une « Fête de Bacchus » que Titien achèvera, Titien peint aussi en 1523 un « Bacchus et Ariane » et une « Bacchanale des Adriens » Véronèse peint lui aussi un « Bacchus » dans un palais de Venise.

C’est le grand retour de Bacchus qui inspirera beaucoup de peintres


Le Bacchus de Vélasquez…« Les ivrognes, ou le triomphe de Bacchus »

Le Bacchus de Caravage

Un petit Bacchus…

de Guido Reni

Le grand Nicolas Poussin représente Bacchus faisant couler un ruisseau de vin de l’île d’Andros dans….
« Grande Bacchanale à la Joueuse de luth »

Nicolas Poussin voit aussi le vin, dans cette grappe de raisin,
portée par deux hommes qui reviennent de la terre promise « l’Automne »

« L’Automne » de Giuseppe Arcimboldo, Une très curieuse interprétation de la fécondité de l’automne est ici suggérée par des fruits….. les cheveux sont représentés en grappe de raisin, la tête couronnée évoque les représentations anciennes de Bacchus, le buste est en douelles de tonneau ….le surréalisme n’est pas loin…

La peinture le vin et l’amour haut de page

Amours, bacchantes, faunes et satyres oubliés au XVII ème font à nouveau partie des peintures et décors au XVIII ème.
Tout le monde en demande, les rois, les princes et les nobles….. mais aussi les parvenus de la finance et du négoce.

Certains peintres, comme Vermeer réaffirme l’entente de Vénus et Bacchus dans « l’Officier et la femme rieuse » et « Le gentilhomme et la dame buvant du vin » il illustre bien l’attente de l’homme des effets libérateurs du vin sur la pudeur.

Les peintres Nattier, Boucher, Lancret, De Troy, peignent des scènes de libertinage aristocratique fort raffinées où figurent toujours, quelques bouteilles de vin qui fraîchissent dans des paniers ou qui roulent, vides, au pied du lit ou du divan.


« L’alliance de l’amour et du vin » de Jean Marc Nattier

Nicolas Poussin, place les amours de Bacchus et Ariane au cœur d’une bacchanale orgiaque qu’il commente ainsi ….

Elle ne perdit rien au Dieu de la vendange
Un buveur, en amour, vaut mieux qu’un conquérant
Dans les « Fêtes satyriques » Claude Gillot , vers 1730, peint Bacchus et Vénus et l’accompagne de ces quelques vers….
Le Dieu du vin l’ordonne et l’on voit la bacchante
De satyre effrontée prenant ce jus divin
Pour se montrer obéissante
Lui donner plus d’amour qu’elle n’a pris de vin.


« La bacchanale à Andros » de Tiziano Vecellio 1523-1525

La peinture et le vin du plaisir haut de page

L’art pictural au XVII ème prend diverses formes avec les Ecoles Flamandes et Hollandaises.

Le verre à pied remplace le gobelet de terre, de métal (étain) ou précieux (argent et vermeil). Les peintres vont alors faire apparaître par transparence le vin clairet ou blanc et jouer sur les couleurs…

Les verres de Bohême, sont les plus recherchés car ils révèlent des teintes irisées du plus bel effet. L’art des natures mortes et toutes leurs symboliques, fait florès.


« Le jeune dégustateur » de Philippe Mercier


« La mosca » de Christian Berentz


« Nature morte avec verre de vin et coupe » de Pieter Claesz


« L’échiquier de la vie » de Jean Arrouye

Tous les peintres s’essaieront à l’art de la nature morte, de scène d’intérieur au badinage galant et de scènes d’auberges, prétexte à de joyeuses réunions d’amis où l’on vide les chopines, en troussant les servantes….du vin clairet pour l’homme, du vin blanc pour la femme…

Le vin est tout plaisir au XVIII ème, où au besoin on se donne soif…..avec du jambon salé…comme dans « Le déjeuner au jambon » de Nicolas Lancret.

Ou encore d’huîtres…. comme dans « Le Déjeuner d’huîtres » de Jean François De Troy (ces deux tableaux au Musée Condé à Chantilly).

Avec l’arrivée d’Angleterre de la bouteille solide et résistante à la pression : qui nous donne ici le bouchon de Champagne qui saute...à la grande joie des convives…

Le XIX ème voit apparaître le pique-nique à l’Anglaise….la haute société et son cortège de mondaines va pique-niquer aux courses à Longchamp et à la campagne…avec une débandade de paniers bien garnis, de verres et de bouteilles de vin…

« Le Déjeuner sur l’herbe » d’Edouard Manet, qui fit scandale en 1863, avec la femme nue…et la bouteille vide…

« Le Déjeuner sur l’Herbe » de Claude Monet plus classique…où les peintres et leurs modèles boivent et mangent sur une simple nappe étendue sur l’herbe et lestée de bouteilles…


« Le déjeuner sur l’herbe » de Claude Monet

Le Chemin de Fer aidant, c’est la grande période, où tout ce petit monde se déplace vers les bords de Seine, Argenteuil …Où, l’on pique-nique et danse dans les guinguettes.

C’est « Le Déjeuner des canotiers » d’Auguste Renoir. Il réunira sur la terrasse de l’Auberge du Père Fournaise tous ses amis et modèles (au 1er plan à droite se trouve le peintre Gustave Caillebotte , pour ne pas être 13 sur la toile, Renoir se représente de profil à côté de son modèle Angèle…);

Ce tableau, chef d’œuvre de l’impressionnisme est débordant de bonne humeur, de joie de vivre, et de « vin plaisir »…


« Le déjeuner des canotiers » 1881 de Pierre Auguste Renoir

La peinture et le vin du travail haut de page

Henri Vincenot , parle bien de ce « vin paysan » de ce « vin des travailleurs » : la piquette…comme l’appelait son père, mais aussi ce « vin à trois » …car il fallait être trois pour le boire « celui qui buvait et les deux autres pour le tenir »…et ce « vin de femme » un vin cuit, fabriqué par les femmes qui était aussi appelé « la goutte des femmes »…

C’est la boisson réconfortante, après les durs travaux comme dans « Les repasseuses » d’Edgar Degas, et dans « Les raboteurs de parquet » de Gustave Caillebotte , des travaux aussi durs méritaient bien une pause vin …


« Les raboteurs de parquet » de Gustave Caillebotte


Après le travail…l’instant détente avec ces « Joueurs de cartes » de Paul Cezanne, peint au Mas de Bouffan , ou ces deux ouvriers agricoles du domaine familial, jouant aux cartes, la bouteille placée au centre de la table comme propriété commune aux deux joueurs, elle sert de pivot au tableau…


« Les joueurs de carte » de Paul Cézanne

La peinture le vin et l’artiste haut de page

Opposé au vin gaulois du rire, le vin de l’artiste est plutôt triste et souvent fatal. Il est pour certains, inspirateur de génie et pour d’autres, destructeur…

Mais il peut-être aussi, humoristique, comme chez Daumier avec son « Amateur de Bordeaux » qui montre un malade en extase devant sa potion médicinale, un verre de Château la Mission-Haut-Brion ou comme « La malade » de Felix Vallotton où, un litre de vin blanc accompagne une carafe d’eau et une fiole de médicament sur la table de nuit…

                   

Modigliani                                            Toulouse-Lautrec

« Le vin a nui à beaucoup d’entre nous. Daumier, par exemple, en buvait trop : quel grand maître il aurait pu faire sans cela. » disait, Paul Cézanne.

Pensons à Modigliani, Toulouse-Lautrec, Nicolas de Stael et bien d’autres partis trop tôt… Nous avons en tête les images de ces artistes accrochés au goulot de leur bouteille…Van Gogh assis sur un trottoir d’Arles, Modigliani avalant une lampée de vin entre deux coups de pinceau, Bacon titubant le soir dans son atelier…

Picasso , avait une méthode très personnelle …Après une nuit trop arrosée et un coucher au petit matin…il faisait pour se remettre, un exercice : Il posait une pomme, une bouteille et un verre sur une sellette et peignait…..puis l’effaçait au blanc…et allait déjeuner.

La bouteille, le verre de vin, le pain…..accompagnés de tous les objets symboliques….sont sans conteste la grande source de création des artistes peintres, depuis les Ecoles Flamande et Hollandaise jusqu’aux Surréalistes…..
Le Cubisme est bien représenté avec Picasso, Braque, Gris, Metzinger …….puis Morandi …

Des artistes peintres prêtent leur talent, auprès des Châteaux ou des Négociants des vins de France….
Le Château Mouton- Rothschild en est un exemple…..

Rien n’est trop beau pour habiller le vin

Dès 1924 l’artiste peintre Jean Carlu a créé la première étiquette pour le Château Mouton –Rothschild ; en 1955 Jean Carzou ;1958 Dali ; 1969 Joan Miro ; 1970 Chagall et en 1973 Picasso (l’année de sa mort)
Depuis 1945, les œuvres des peintres une fois utilisées pour l’étiquette étaient aussitôt archivées à Mouton-Rothschild. En 1981 Philippine de Rothschild eut l’idée d’exhumer ces trésors cachés pour en faire une exposition intitulée :

Mouton-Rothschild, l’Art de l’Etiquette

                   

Conclusion haut de page

Il faut souligner l’importance et la vitalité du vin dans le monde à travers les époques. Il a toujours eu des admirateurs et des critiques. Les Dieux et leurs cortèges de Légende, ont inspiré tout au long des siècles, les artistes, écrivains, poètes, sculpteurs et peintres…
Je n’ai abordé dans cet exposé qu’une infime partie de ces représentations et je vous laisse à vos propres découvertes et à vos rêveries , ces moments précieux où vous vous arrêterez devant des tableaux et rechercherez les petits détails symboliques qui vous rappelleront le vin, la vigne …


« Cette allégorie des cinq sens »


Ce pouvoir du vin se retrouve à l’échelle de la création picturale. L’atelier rouge de Matisse, met en scène cette contamination, la couleur du vin rouge contenu dans le verre s’étend à l’ensemble de l’atelier, qui est pour le peintre le lieu de la création….. Les vendanges de Raoul Dufy, les natures mortes de Pablo Picasso, ou encore les jolies scènes galantes de Nattier, représentent tout le symbolisme du vin dans la peinture.

Charles Pomerol disait
« Les vins, comme les toiles de maître, ne sont pas affaire de science mais d’art »

Pour clore cet exposé on pourrait paraphraser Saint-Exupéry, en demandant à tous ces peintres……

« S’il vous plait, dessinez –moi, un Mouton………..Rothschild »

           
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