




Vignes et vendangesLe langage transcende le vin réellement bu par les écrivains. Il y a le langage des sensations, des goûts, de l’ivresse. Colette exprime comme personne le mystère de la transmutation d’un sol en "ce velours, cette flamme, ce suc parfait dans toutes ses proportions".
"La vigne et le vin sont de grands mystères. Seule, dans le règne végétal, la vigne nous rend intelligible ce qu’est la véritable saveur de la terre. Quelle fidélité dans la traduction ! Elle ressent, exprime par la grappe les secrets du sol. Le silex, par elle, nous fait connaître qu’il est vivant, fusible, nourricier. La craie ingrate pleure, en vin, des larmes d’or. …/…De la grappe brandie par le cep tourmenté, lourde d’agate transparente et trouble,ou bleue et poudrée d’argent, l’œil remonte jusqu’au bois dénudé,serpent ligneux coincé entre deux rocs :de quoi donc s’alimente, par exemple,ce plant méridional qui ignore la pluie,qu’un chanvre de racines retient seul suspendu ?"
Pour Gaston Bachelard la vigne est un aimant, un mystère (La vigne et le vin des alchimistes)"L’art des adeptes qui cherchent la jouvence par ces voies de la reine végétale, en se confiant à l’éminence universalité du vin,n à sa force d’univers, à sa fonction cosmique, sera donc d’unir l’or et le vin. …/… La vigne est un aimant. Elle attire l’or du soleil, elle séduit l’art astral pour des noces alchimiques. N’enseignera-t-elle pas à l’alchimiste l’art de faire du vin un aimant pour l’or de la terre ? Nous sommes bien au cœur d’une image matérielle qui attire toutes les abeilles de la métaphore.
Mais que de mystères restent encore autour du vin des alchimistes ! et d’abord le plus grand, l’insondable, : comment le vin peut-il avoir tant de couleurs ? Comment peut-il être rouge ou doré ? Comment peut-il précisément, porter soit le signe de l’or, soit le signe du sang ? Il est vraiment aux deux pôles de la plus grande des transmutations, la transmutation du vieil or en jeunesse humaine. …/…"Cependant Colette nous dépeint dans les vrilles de la vigne ce personnage : la vigne qui déploie sa puissante nocivité, image d’une volupté captivante maléfique qui n’est pas sans lien avec le capitaine Colette : sa fillette goûta avec quelques excès la griserie du vin au point que Sido dut intervenir.
Les vrilles de la vigne
"…/… Cassantes, tenaces, les vrilles d’une vigne amère m’avaient liée, tandis que dans mon printemps je dormais d’un somme heureux et sans défiance. Mais j’ai rompu, d’un sursaut effrayé, tous ces fils tors qui déjà tenaient à ma chair, et j’ai fui… Quand la torpeur d’une nouvelle nuit de miel a pesé sur mes paupières, j’ai craint les vrilles de la vigne et j’ai jeté tout haut une plainte qui m’a révélé ma voix…
Toute seule éveillée dans la nuit, je regarde à présent monter devant moi l’astre voluptueux et morose… Pour me défendre de retomber dans l’heureux sommeil, dans le printemps où fleurit la vigne crochue, j’écoute le son de ma voix… Parfois, je crie fiévreusement ce qu’on a coutume de taire, ce qui se chuchote très bas, puis ma voix languit jusqu’au murmure parce que je n’ose poursuivre…
Je voudrais dire, dire tout ce que je sais, tout ce que je pense, tout ce que je devine, tout ce qui m’enchante et me blesse et m’étonne ; mais il y a toujours, vers l’aube de cette nuit sonore, une sage main fraîche qui se pose sur ma bouche… Et mon cri, qui s’exaltait, redescend au verbiage modéré, à la volubilité de l’enfant qui parle haut pour se rassurer et s’étourdir…
Je ne connais plus le somme heureux, mais je ne crains plus les vrilles de la vigne."Mais la vigne qui embellit les paysages s’illumine lors des scènes de vendanges. La description atteint des sommets au livre V de La Nouvelle Héloïse, où Rousseau compose un véritable chant de la terre et un hymne à l’unité.
Les vendanges évoquées dans le poème suivant nous convient à des scènes qui perpétuent la tradition, la farce de faire le « nez de vendange ».« Qu’il est doux de les voir si doux, si gais, si vifs dans leurs ébats
Préludant par des pleurs à de folles risées
Tout empourprés du jus des grappes écrasées ! »En effet, dans certaines régions pour l’initiation, les cueilleurs se barbouillent réciproquement avec une grappe bien mûre, traitement réservé aux nouveaux vendangeurs.
Parfois cette farce était la punition pour s’acquitter de raisins oubliés sous le feuillage comme nous le dépeint Victor de Laprade (vers 1860)
L’automne qui blanchit sur les coteaux voisins.
Un fin givre a ridé la pourpre des raisins.
Là-bas, voyez-vous poindre, au bout de la montée,
Les ceps aux feuilles d’or, dans la brume argentée ?
L’horizon s’éclaircit en de vagues rougeurs,
Et le soleil levant conduit les vendangeurs.
Avec des cris joyeux, ils entrent dans la vigne ;
Chacun, dans le sillon que le maître désigne,
Serpe en main, sous le cep a posé son panier,
Honte à qui reste en route et finit le dernier !
Les rires, les clameurs stimulent sa paresse !
Aussi, comme chacun dans sa gaîté se presse !
Presque au milieu du champ, déjà brille, là-bas,
Plus d’un rouge corsage entre les échalas ;
Voici qu’un lièvre part, on a vu ses oreilles ;
Malgré les rires fous, les chants à pleine voix,
Tout panier est déjà vidé plus d’une fois,
Et bien des chars ployant sous l’heureuse vendange,
Escortés des enfants, sont partis pour la grange.
Au pas lent des taureaux les voilà revenus,
Rapportant tout l’essaim des marmots aux pieds nus.
On descend, et la troupe à grand bruit s’éparpille,
Va des chars aux paniers, revient, saute et grappille,
Près des ceps oubliés se livre des combats.
Qu’il est doux de les voir, si vifs dans leurs ébats,
Préludant par des pleurs à de folles risées,
Tout empourprés du jus des grappes écrasées.
Poème trouvé sur le site du Château de Corbiac – Pécharman, Vin du Périgord (Bergerac)
Le vin dans la cuisine
Brève histoire du vin : de son origine à nos jours Tonneaux et barriques
Le service du vin
L'ampelographie
Les étiquettes du vin
Apprentissage de la dégustation
Le vin à travers le cinéma