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Association Loi du 1 er Juillet 1901, déclarée en Préfecture de La Rochelle le 17 Novembre 2004, parution au Journal officiel du 11 Décembre 2004 »

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      Le vin dans la littérature
                                                                  par Betty RABEAU


L'âme du vin de Baudelaire

Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles :

« Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !

Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine , de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

Car j’éprouve une joie immense quand je tombe
dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l’espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;

Et serai pour le frêle athlète de la vie
L’huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l ‘éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ! »
 
    Baudelaire

Le vin parce qu’il procède à la fois de la nature et de la culture (contrairement à l’eau qui relève de la seule nature) est un produit mystérieux. La vigne dont il est issu pousse depuis les profondeurs de la terre et en conserve le goût. Il apparaît comme la quintessence de la vigne et les plus anciennes traditions en font un breuvage d’immortalité.

« Buvez, vous ne mourrez jamais » réplique-t-on à l’un des buveurs dans Gargantua. Les propos des bien ivres de Rabelais.

[…]
- chantons, beuvons, un motet entonnons !
- Où est on entonnoir ?
- Quoy ! Je ne boy que par procuration !
- Mouillez-vous pour seicher, ou vous seichez pour mouiller ?
- Je n’entends poinct la théoricque ; de la pratique je me ayde quelque peu.
- Haste !
- Je mouille, je humecte, je boy, et tout de peur de mourir.
- Beuvez toujours, vous ne mourrez jamais.
- Si je ne boy, je suys à sec : me voylà mort. Mon âme s’enfuyra en quelque grenoillère. En sec jamais l’âme ne habite.
- Somelliers, ô créateurs de nouvelles formes, rendez-moy de non beuvant beuvant !
- Perannité de arrousement par ces nerveux et secs boyaulx !
- Pour néant boyt qui ne s’en sent.
- Cestuy entre dedéans les venes : la pissotière n’y aura rien. […]

In vino veritas… De Gargantua qui vient au monde en réclamant "à boyre, à boyre" à Pantagruel dont la quête de sagesse s’achève dans le temple souterrain de la Dive Bouteille, le bon vin rabelaisien coule à flots, symbole de vie, de tolérance généreuse, de sincérité et de force créatrice.

Le cinquième Livre, XLIV, Comment la pontife Bacbuc présenta Panurge devant la Dive Bouteille



[…]
Ô
Bouteille
Pleine toute
De mistères,
D’une oreille
Je t’escoute :
Ne differez
Et le mot profères
Auquel pend mon cueur !
En la tant divine licqueur,
Qui est dedans tes flans reclose,
Bachus, que fut d’Inde vaincqueur,
Tient toute vérité enclose.
Vin tant divin, loing de toy est forclose
Toute mensonge et toute tromperye,
En joye soit l’âme de Noé close
Lequel de toy nous fist la tempérye.
Sonne le beau mot, je t’en prye,
Qui me doibt oster de misère.
Ainsi ne se perde une goutte
De toy, soit blanche, ou soit vermeille,
Ô bouteille
Pleine
De mistères.[…]

S’il fallait couronner de pampres trois noms de la littérature française c’est non seulement à Rabelais, Baudelaire mais aussi à Colette.

La bouteille devient un objet précieux, un flacon.

« Au profond de la terre, dans la cave aux bouteilles, reposent les fruits de tant de soins : flacons jeunes, lisses, fioles millésimées, aînées chenues, habillées lentement d’une fourrure impalpable, grise et blanche comme le duvet qui frémit sur le cors des bombyx nocturnes. Le maître de céans décoiffe l’une de celles-ci : c’est l’instant de se taire, de lever vers la voûte un verre pansu, à l’issue resserrée ; l’œil d’abord, le nez ensuite, la bouche enfin… »

Colette, Prisons et Paradis 1932

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